11 juil. 2016

Un coup de pinceau > une note de saxo









Entropie avec Stéphane Cattaneo Première performance au salon de l'auto-édition du Point Éphémère. Lui : Stéphane aux pinceaux. Moi : Etienne au saxo. Peinture et musique. Il peint. Je joue. La relation fonctionne bien, sans accroc. L'oeuvre avance toute seule sans obstacle comme si nous avions compris les règles de l'esthétique universelle et les lois de la kinesthésie absolue. Action Painting. Music Meeting. Les bonnes idées sont d'une simplicité extravagantes : un coup de pinceau déclenche une note de saxophone. Le phénomène fonctionne comme pris en charge par des sortes d'anges virtuels. Le musicien suit le pinceau du peintre comme si c'était une baguette de chef d'orchestre. Chaque trait devient une indication graphique et rythmique d'une partition de musique. Une spirale devient une giclée de notes. Les trois branches d'une petite étoile prennent l'apparence d'un triolet en place sur la main traçante. Une ligne brisée entraine une syncope. Un changement de couleur entraine un changement d'armure. Une absence de trait devient une pause variable, une attente un silence. Notre système marche dans les deux sens graphique et sonore. Soit le peintre trace la musique. Soit le musicien joue la peinture. En général une dialectique des deux sens méthodiques s'effectue en douceur. Ensuite l'artiste abandonne sa peinture à l'endroit où elle fût réalisée comme le musicien abandonne ses notes à l'espace ou elle fût jouée hormis quelques captations sauvages sur des portables stockant leur contenu pour l'éternité numérique et caméras de surveillance en déshérence. En aparté : le « sound painting » dont le nom laisse supposer une familiarité avec notre performance n'a rien à voir avec notre activité. Il est un système de signes et de codes pour composer en direct une musique.
Deuxième performance avec Stéphane : fermeture définitive de la librairie « Entropie » Boulevard Voltaire. Le public lit de moins en moins et n'achète plus de livres d'occasion, même pas des livres rares. Les gens font tous glisser des menus déroulants, photos, vidéos et textes en petits caractères illisibles. Myopie militante. Entropie désirée. A la nuit tombée, une grande feuille de papier vierge recouvre la vitrine du libraire. Des sortes de chandelles électrique projettent une lumière blafarde de tablette magique. Translucide. L’apparence des artistes mute en ombres chinoises. Lumière tendue comparable au silence strié des bruits du boulevard et de la circulation des voitures. Pinceau et saxo se déclenchent à 20h10. L'action painting durera 13 minutes. Le tempo est rapide, tendu, nerveux comme pressé par la fin d'un monde, celui du papier imprimé. L'univers est conquis par les écrans plats et extra-terrestres, tablettes, mots-clé multivibrateurs. Planète des singes en capture, signes, pixels...
Une foule est présente dans l'ombre du boulevard. Une fois la musique-peinture achevée on sort le pain, le pinard et le fromage. Le libraire braye joyeusement des chansons réalistes d'un monde disparu. Je parle pendant une demi-heure à une jeune fille, puis elle se tire rejoindre ses copines sans me saluer. Nous sommes à un jet de pierre du Bataclan et de mille activités non écrite : sushi pour chiens, jurassique ping pong club etc. Finalement, je demande au libraire de m'offrir un livre. Je choisi l'édition mythique « De la misère en milieu étudiant » chez « Champ Libre » J'en possède déjà la première édition en brochure de 1967. Couverture orange. J'aurai dû demander s'ils n'avaient pas planqué dans un coin « Suicide mode d’emploi ». L’un des co-auteurs était là ! Je ne le savais pas ! Son livre est utile pour fuir une éventuelle maladie incurable à l'aube de la vieillesse. « Viva la Muerte ! » Non à la mort lente. Vive la vie. Tous ces gens de l’ancien monde sont présents. Ils continuent d'exister juste avant la pluie et la tempête sur Paris.
Première photo : Stéphane Cattaneo, troisième photo : Agnès Aubagne lit un texte de Parigot au Point Ephémère