12 juil. 2016

Une petite musique Debout






Sur Facebook, j’avais lancé l’appel « Ecoute Debout » pour le lundi #70 mars. Ici non plus, peu de gens ont répondu. « Ecoute la rumeur publique, le mouvement démocratique et les bruits de la rue. Viens avec tes instruments pour réfléchir pourquoi l’improvisation est si peu populaire alors que c’est une forme musicale très riche de possibilités. Viens pour jouer (de préférence dans un style minimaliste et déstructuré ou comme tu voudras) Pourquoi ne pas imaginer un gouvernement qui fonctionne comme une improvisation musicale ? La réalité est imprévisible. Flux. Reflux. » J’avais envoyé 650 invitations à mes amis virtuels dont un paquet d’improvisateurs vivant à Paris. Comment dire ? Il pleuvait. C’était sympa et très réussi. Je compte les participants sur les doigts d’une seule main : Christelle Raffaëlli et Jean Rochard du label Nato, le poète sonore Patrice Cazelles et la pianiste Ann Ballester. Nous avons causé de ce qu’est devenue l’improvisation en France : rien. Musique moribonde. Kapput. Finnish. Au revoir. Nous avons fusionné le projet « Ecoute Debout » avec le « Théâtre Debout » installé près de nous. J’ai improvisé avec Marie, Cécile et Patrice dont j’apprécie le travail. L’improvisation musicale en France est devenue un circuit isolé de bobos jaloux les uns des autres. Leur principale occupation est de glaner des subventions. Ils préfèrent jouer devant des salles vides pour une poignée d’auditeurs sectaires et élitistes. Ils sont nuls et ils se prennent pour des génies. Le lendemain je me suis décidé à rejoindre « l’Orchestre Debout » pour jouer leur répertoire classique. Ils savent s’amuser, intéresser un large public et contribuer à une vision positive de « Nuit Debout ». Un « Ami Facebook », ancien auteur d’un livre sur l’improvisation m’a même gratifié d’insultes. Je continuerai l’improvisation comme méthode de travail mais j’abandonne l’improvisation comme catégorie musicale et comme esthétique. C’est cramé, foutu, fini, perdu d’avance. A Berlin la « Free Music » est vivante. A paris elle est défunte. Le jazz est élitiste. Personne ne se présentera à « Ecoute Debout ». D’après un témoin un groupe de free jazz aurait joué un soir assez tard sur la place. Je n’étais pas toujours présent.


Mes amis les poètes de #PoésieDebout et les filles de #ThéatreDebout sont venus en force aujourd’hui. Ils sont une bonne douzaine dont Marie, Cécile, Patrice et Charles. Ils donnent à entendre une originalité incroyable au milieu de toutes ces paroles teintées de souffrances et formulées de manière classique. Ils éructent, crient,ahanent, déchirent les phrases, brisent les mots et les chargent d’un sens tout à fait subversif. Ils ne sont pas tous jeunes. Leur poésie sonore est décapante exprimée entre la commission grèvegénérale, la commission France-Afrique et l’Assemblée Générale. Globalement les militants et activistes cherchent un langage vrai de vrai pour exprimer la réalité et la changer. Les poètes sonores(dont mon ami Julien Blaine fut un pionnier) cassent le langage pour atteindre une sensation contemporaine d’éruption violente dans la réalité. Quelques jours après, le #86 mars Charles Pennequin et son « Armée Noire » débarquent sur la place. Une bande de casseurs de syntaxe. Jeunes poètes performeurs du non-sens en colonne attaquant un escadron de mots ordinaires. Un cirque avec ses cochons et cochonnes sans filet. Pennequin a mis une blouse bleue de l’Aérospatiale. Ingénieur des larmes sans lacrymogène. Il veut redistribuer la richesse de la langue française à tout le monde. Il attaque les verbes et casse les adjectifs dans ses manifestations poétiques.
Photos : Emmanuel Bueno






Sorti pour le #100 mars "Une petite musique Debout" texte lisible gratuitement :
http://www.etiennebru.net/une_petite_musique_debout.pdf

Le blog de Jean-Jacques Birgé
http://www.drame.org/blog/index.php?2016/06/11/3386-etienne-brunet-musique-debout