24 août 2014

Inauguration de "La Plaque Tournante" (Berlin)




Je suis venu à l'inauguration de « La Plaque Tournante » http://laplaquetournante.org nouveau lieu d'exposition à Berlin, ouvert par mon ami compositeur Fred Acquaviva. La soirée est très réussie. L'expo est passionnante, le concert intéressant et la foule au rendez-vous. Je résume en deux alinéas. L’événement mériterait un long article mais comme je n’aurai aucune perspective pour le publier, je m’abstiens et j'écris un texte subjectif et personnel. L’affiche de DJs Verbotten : les deux poings serrés vers le bas prisonniers d’une paire de menottes. Les yeux et les oreilles restent libres malgré la sévère contrainte. L’homme mixe une performance de DJ/VJ abstraite. Exposition de 250 objets créatifs hybrides visuels/sonores concernant l'écriture ou la musique, principalement des vinyles, des CD, des cassettes et des livres crées par une centaine de poètes sonores, musiciens, compositeurs, écrivains et artistes. (Sériel, Post-sériels, Electroniques historique et expérimentale, Ecole de Darmstadt, Concrets, Dadaïstes, Futuristes, Surréalistes, Lettristes, Situationnistes, Minimalistes, Répétitifs, Fluxus, Néo-rocks, Pop, Art Brut, Beats, Actionnistes, Acquaviviste, Indépendantistes non-situables et non-historiques, Dekorativ multi-physique, Transducteurs audio-vibratoires) Impossible de classer Christian Marclay, Maurizio Kagel et Giorgi Ligeti. D'ailleurs je déteste les catégories et autres étiquettes. Il n'y en a aucune dans l’exposition. J'essaye d'en rajouter pour étaler ma culture. Ce sont tous des artistes que j’ai aimé à un degré ou un autre. Je suis le seul représentant du monde du jazz et de la free-music, hormis indirectement Brion Gysin. J’étais touché d’être présent au milieu de tous ces artistes.

L’exposition était accompagnée, en prélude, de l’écoute du 78 tours historique : « Ionisation » d’Edgar Varèse puis ensuite d'un copieux concert inaugural. Loré Lixenberg chante « Bird » avec une voix bouleversante. Frédéric Acquaviva, le maitre des lieux interprète « Loré Ipsum » pour « dead electronics and voices » et Musique Cabalistique, sorte de work in progress. Pause collation avec « Taboulé Rasa ». Puis le corps de la soirée avec Phill Niblock (diffusion électronique de drones) et Katherine Liberovskaya vidéo (MaxMSP-Jitter). La foule a envahi le lieu. C’est fantastique. Les gens débordent de tous cotés. J'avais distribué six paires de protections auditives aux visiteurs situés trop près des puissantes baffles, vu le succès de l’événement. Les jeunes rigolaient, les bouchons d'oreilles ressemblent à des bonbons multicolores. Les musiciens semblent avoir pris ce geste pour un dénigrement de leur musique. Bien sûr ce n'était pas le cas. Il y a une centaine de personnes sur le trottoir, ils vont s’acheter des bières au kiosque à quelques mètres de là. Une visiteuse allemande veut savoir ce que signifie les mots « Plaque Tournante ». je lui dit que c'était du temps des « lokomotivs à vapeur ». Dans le sens abstrait un centre qui dirige et oriente. Les murs de l’immeuble vibrent des drones de Niblock (pièce sans titre). Puis « Unipolar Dance » accompagnant son propre film. Après un set d'une heures et demi, une dernière pièce dont la coda laisse entendre plusieurs minutes de silence, ou plus exactement laisse entendre la rumeur de « la Plaque Tournante ». Le lieu a pris sa propre résonance autonome. Le lieu est devenu musique.