7 juil. 2012

Turbulence Vidéo #76

Un article de Jacques Donguy sur Tinnitus-Mojo dans la revue Turbulence Vidéo #76 www.videoformes.com


Etienne Brunet, musicien du son et de l´image
Au départ, un livre typographique classique. Acouphènes, devenu Acouphènes Parade, sur le bruit blanc. Comme un bruit de cascade. Avec des voix de nulle part. La cascade de Etant Donnes qui fascinait tant Duchamp. Texte qu’il va développer sur internet, suite à un projet non abouti dans un théâtre. Dans la réalité, Etienne Brunet a une connaissance intime de l’image à travers sa pratique professionnelle de la télévision, sauf que longtemps, ce furent des machines dédiées (hardware) qu’il manipulait, non des logiciels d’ordinateurs (software). Ce qui fait que pendant des années, il n’a pas eu d’ordinateur chez lui en réaction à son travail alimentaire, la télévision. Il n’avait pas de télé non plus et ne regardait jamais des images. Le coeur de son activité, c’était la musique, le saxophone, autour du free-jazz. D’ou son amitié, et sa proximité avec Steve Lacy. Etienne Brunet est d’ailleurs répertorié dans le « Nouveau Dictionnaire du Jazz ». 


Ce ne sera qu’en 1997 qu’il va utiliser l’ordinateur, « parce qu’il avait des ordinateurs partout dans les chaînes de télévision et il fallait apprendre à s’en servir !» Donc au départ et logiquement la pratique des synthétiseurs matériels s’est transformée au fil des années en pratique des synthétiseurs logiciels de Pro Tools à Live d’Ableton, jusqu’à ce projet inabouti de 2011, Tinnitus-Mojo, ou il s’attaque pour la première fois à l’image.


 Etienne Brunet a collaboré avec moi sur plusieurs projets durant toutes ces années. Donc maîtrise de l’image en liaison à la musique établie à partir du texte d’Acouphènes-Parade. Ce projet comprenait l’auteur dans le rôle du musicien-narrateur, des musiciens et des vidéos comme fond visuel, synchronisées grâce a des synthétiseurs et boites-à-rythmes logiciels. Musique de synthèse mixée avec des musiciens réels. Leur système était largement simplifié pour la scène dans la version performance.


 Pour mettre le projet sur Internet, la musique a été réenregistrée. L’histoire de Tinnitus-Mojo : l’acouphène, les bruits du monde, le sexe, le mal de vivre. La vidéo est montée sur Final Cut Pro 7 en suivant la règle d’une concordance image / temps, trouvée sur le site de V-Jamm. Par exemple, un temps à 75 BPM durera 20 images. Donc 320 images génèreront un cycle temporel et visuel de 16 temps. Le design est réalise avec Motion d´Apple, la musique est mixée avec Max 4 Live et Live d’Ableton. Suite à cette pratique, Etienne Brunet va faire la remarque que la logique des logiciels de musique et des logiciels d´image est étonnamment proche : on gère le temps, donc le rythme. Vidéo musique, pratiquée sur d´autres bases par Brian Eno. Il serait mieux de parler à son propos de Musique VJ. 


Pourquoi ce titre Tinnitus-Mojo ? Tinnitus, c’est le bruit dans la tête, l’acouphène, et Mojo, c´est le sex-appeal, mais aussi un jeu vidéo, le titre d’un film, une revue musicale, une chaîne de télévision, un album des Heartbreakers, une station de radio a NYC, un label, une ville en Ethiopie près d’une gare, l´argot américain pour libido, un club à Hambourg... 


Actuellement, Etienne Brunet développe des cycles indiens avec des images de la musique indienne visualisée selon une nouvelle méthode, avec toujours cette obsession du rythme, que ce soit avec des sons ou des images, donc de faire de la musique, réalisant le rêve d´Isou de 1947 d’une synthèse hypergraphie / musique.
Jacques Donguy